Le Fundraisers Forum s’est beaucoup investi dans la diffusion sur son site d’exemples de ‘bonnes pratiques’ en matière de mobilisation de la générosité publique qui sont mis en oeuvre ailleurs en Europe (lien).
Nous participons notamment, en qualité de membre de la EFA (European Fundraisers Association), aux opportunités d’échanges directs entre les Fédérations d’acteurs de la collecte qui opèrent dans différents pays européens.
Ces contacts nous confrontent à une évidence : dans presque chaque pays de l’Union européenne une Fédération nationale des acteurs de la collecte contribue de manière décisive au renforcement de la philanthropie, et notamment de la générosité des particuliers et des entreprises.
Les rapports annuels de la plupart des coupoles nationales sont disponibles en téléchargement et méritent d’être consultés : France Générosité (lien), Goede Doelen Nederland (lien), Chartered Institute of Fundraising (lien), Fundraising Verband Austria (lien), etc.
1. Le plus souvent : une seule structure faîtière principale, en charge de plusieurs missions essentielles
Comme indiqué plus haut, presque partout en Europe à l’exception de la Belgique et de la République d'Irlande, la ‘Fédération nationale des acteurs de la collecte’ propose un large échantillon de services collectifs à ses organisations membres : formations en fundraising, information, networking, Convention annuelle, recherche, labellisation (transparence/gouvernance), groupes de travail thématiques, actions de plaidoyer, sensibilisation du public, gestion de services spécifiques (coordination du planning face-to-face, supervision de la campagne de promotion des legs, etc.).
Ces ‘syndicats des acteurs de la collecte’ veillent à ne pas concurrencer inutilement des services déjà mis en œuvre par d’autres initiatives, notamment commerciales.
Exemples : Fundraising Verband Austria, ISOBRO (Danemark), ASSIF (Italie), Goede Doelen Nederland, Swiss Fundraising, Chartered Institute of Fundraising (Royaume-Uni), etc.
2. Situation particulière en France : trois structures distinctes (France Générosité, Association Française des Fundraisers, Don en Confiance)
En France les organisations qui ont fondé le Comité de la Charte - lequel fonctionne actuellement sous la dénomination ‘Don en Confiance’, ont convenu il y a plus de vingt ans de la nécessité de confier à une structure distincte – ‘France Générosité’ – une mission de défense collective des intérêts des acteurs à profit social du secteur de la levée de fonds.
De son côté l’Association française des Fundraisers (AFF) propose un large éventail de formations. L'AFF a également été créée à l’initiative d’organisations à profit social qui en assurent le pilotage au travers de leurs représentants qui sont représentés à l'A.G. et au C.A.
La répartition des missions s'opère de la manière suivante
- France Générosité : recherche, plaidoyer, sensibilisation du public
- Association française des Fundraisers : formation
- Don en Confiance : labellisation de la transparence financière
Certaines actions de plaidoyer d'importance majeure - par exemple à l'occasion d'élections - sont organisées dans le cadre de la Coalition Générosité, qui - un peu à l'instar de la CoalitionImpact, regroupe les organisations sus-nommées et quelques autres.
Par ailleurs IDEAS, structure moins exclusivement liée aux acteurs de la collecte, propose une labellisation complémentaire à celle que propose Don en Confiance, avec un focus spécial sur la qualité de la gouvernance des organisations qui y sont affiliées.
3. Exception en République d'Irlande : le centre de compétences FUNDRAISING est intégré dans une plateforme nationale des organisations à profit social
En République d’Irlande le soutien aux acteurs de la collecte est intégré dans une coupole nationale (Charities Institute Ireland) qui regroupe l’ensemble des acteurs du secteur associatif.
Pointons trois caractéristiques majeures qui contribuent à la réussite des groupement nationaux qui opèrent ailleurs en Europe:
- Identité clairement définie et attractive
- Ressources propres suffisantes
- Culture d’entreprise dynamique et proactive
1- Identité
Il est banal de rappeler que toute fédération multi-sectorielle – telle la Fédération Belge des Fondations, ACODEV & NGO Federatie, etc – s’efforce de cultiver un sentiment d’appartenance plus ou moins puissant au sein de sa communauté de membres.
Concernant les fédérations nationales des acteurs de la collecte on observe ailleurs en Europe qu’elles exploitent au maximum leur positionnement proche de la thématique ‘Mobilisation des générosités’ parce que celle-ci bénéficie d’un important capital de sympathie.
Cette stratégie de communication, parfois déclinée au départ du slogan mobilisateur ‘Proud to be a fundraiser’, renforce ce capital de sympathie et leur ouvre une audience bien plus large au niveau du public, et notamment des entreprises. Les opportunités de soutien du monde de l’entreprise (sponsoring, mécénat de compétences) s’en trouvent – comme indiqué précédemment - fortement renforcées.
Ces syndicats veillent dès lors notamment à se donner une dénomination attractive et facilement identifiable par un large public : France Générosité, Giva Sweden, Goede Doelen Nederland, etc.
2- Ressources propres : membership fee, mais surtout rétribution des services
Les exemples de tarification pratiquées dans plusieurs pays voisins semblent démontrer qu’oser demander une contribution financière significative permet d’enclencher dans un second temps un cercle vertueux de revenus complémentaires versés pour divers services payants. Cette seconde source de financement contribue de manière décisive à la croissance ultérieure des recettes.
Il est alors même possible, dans ce contexte financier favorable, de réserver quelques ressources au financement de missions essentielles mais peu rentables ou ‘bancables’ à court terme, telles les actions de plaidoyer.
3- Culture d’entreprise proactive
Faut-il enfin préciser que les fonctions de direction de ces Fédérations nationales semblent à l’évidence confiées à des profils de type volontariste.
Au risque de simplifier à l'extrême la situation actuelle des quelques collectifs non-commerciaux opérant en Belgique, on peut se risquer à avancer que
- l'asbl Récolte de Fonds éthique est structurée via son membership (120 organisations, 338 millions € issus des dons et legs) comme une Fédération nationale, bien que sa dénomination inadéquate ainsi que ses faibles ressources et son manque d'ambition ne lui permettent guère d'exercer un leadership décisif
- l’asbl Fundraisers Belgium n'est pas une Fédération d'acteurs de la collecte du secteur à profit social, mais constitue un bel exemple de dynamisme basé sur le recours aux trois atouts sus-mentionnés (identité attractive, expansion basée sur des services attractifs, culture d'entreprise proactive)
-> Retour au menu Synergies entre acteurs de la collecte (lien)
La section SYNERGIES de ce site est de création récente. Elle vous permet, ainsi qu'à votre organisation, d'accéder à l'ensemble des documents consacrés à l'actualité des initiatives collectives à profit social destinées à renforcer des organisations engagées dans la mobilisation de la générosité publique.
Plusieurs articles sont dès à présent disponibles :
1 – Belgique : cartographie des acteurs de la collecte
2 – Services collectifs : quel équilibre préserver entre acteurs ‘à profit social’ et agences d’inspiration commerciale ?
3 - Quels enseignements tirer de la réussite des Fédérations nationales d’acteurs de la collecte opérant ailleurs dans l’UE ? (lien)
4 - Campagnes de plaidoyer pour plus de générosité : bilan et perspectives (lien)
5 – Renforcer la mobilisation collective pour plus de générosité : quelles initiatives souhaitez-vous voir encouragées en priorité ?
Sans doute jugez-vous important que le secteur de la collecte de fonds accélère le lancement ou le renforcement d'initiatives collectives à finalité non-commerciale - par exemple en matière de plaidoyer ou de formations en fundraising - et encourage ainsi plus efficacement la générosité des Belges.
Sans doute connaissez-vous déjà les initiatives collectives non-commerciales mises en oeuvre par les ASBL Récolte de fonds éthique au plan national, ainsi que Fundraisers Belgium en Flandre et le Fundraisers Forum en Belgique francophone.
Citons également la démarche de plaidoyer entreprise depuis trois ans par la CoalitionImpact, grâce notamment au soutien de la Fédération belge des Fondations ainsi qu'une une aide ponctuelle de la Fondation Roi Baudouin.
Conclusion : au total une incontestable diversité d'initiatives, mais toujours pas de véritable 'Fédération nationale des acteurs de la collecte'. Alors que dans presque chaque pays de l'Union européenne un puissant de syndicat des acteurs de la collecte offre un soutien bien plus efficace aux associations actives en levée de fonds !
Call to action !
A l'évidence c'est en partie parce que nombre d'associations - peut-être la vôtre ? - renoncent à revendiquer activement la création d'un puissant syndicat des acteurs de la collecte que l'actuelle offre non-commerciale de soutien aux organisations actives en levée de fonds est relativement faible en Belgique, surtout dans la partie francophone du pays.
C'est pourquoi les articles proposés en haut de cette page vous permettront d'appréhender le contexte de cette problématique, puis - espérons-le - de vous impliquer plus activement dans un soutien (éventuellement critique) aux initiatives collectives en cours ou en projet, telle que la CoalitionImpact.
L’Assemblée générale de l’AERF (Association pour une Ethique en Récolte de Fonds) a approuvé le choix d’une nouvelle dénomination, ainsi que d'un nouveau logo.
Les sigles AERF, ainsi que VEF en néerlandais, sont remplacés par un intitulé plus directement intelligible : Récolte de Fonds Ethique asbl- Ethische Fondsenwerving vzw.
Par ailleurs un nouveau label (visuel ci-dessous) sera affiché par les organisations qui souscrivent au Code de conduite de la plateforme.
Fondée en 1996, l’actuelle plateforme Récolte de Fonds Ethique s’est principalement focalisée durant les premières années sur des enjeux concernant la transparence financière de ses organisations membres, ainsi que la qualité des messages adressés aux donateurs.
Dès lors que certaines agences commerciales actives en collecte de rue (street fundraising) ont été dénoncées du fait de pratiques abusives, la plateforme a complété son Code de Conduite en y intégrant des directives destinées à mieux encadrer ce nouveau mode de collecte.
Plusieurs articles parus ces derniers mois dans la presse belge ont dénoncé le mode de gestion pour le moins hasardeux de quelques grandes ONG. A l’étranger également des cas de pratiques litigieuses sont régulièrement rapportés dans certains médias, ou font l’objet d’investigations menées par diverses autorités de tutelle : Centraal Bureau Fondsenwerving (Pays-Bas), Charity Commission et Fundraising Regulator (Royaume-Uni), etc.
Précisons que ces dérives concernent le plus souvent de grandes organisations. Leur fréquence est relativement faible si on prend en compte l’ensemble des quelque 2.500 organisations actives en levée de fonds que recense le SPF Finances.
C’est dans ce contexte quelque peu préoccupant que la plateforme Récolte de Fonds Ethique a jugé nécessaire de procéder à une refonte de son Code de conduite. Elle estime important de ‘se protéger contre ces faux pas, et contre ces articles de presse qui risquent de ternir l’image de l’ensemble du secteur de la collecte’.
Les nouvelles directives adoptées par l’Assemblée générale du 19 octobre dernier comprennent diverses obligations additionelles en matière de bonne gouvernance. Les quelque 120 organisations membres sont invitées à les implémenter dans le courant des deux prochaines années.
Ainsi les documents transmis aux membres de l’Assemblée générale devront-ils comprendre un bilan des avancées ou faiblesses en matière de bonne gouvernance. Le nouveau dispositif prévoit également un devoir d’information concernant la qualité des indicateurs utilisés pour la mesure de l’impact social des activités de l’organisation.
En d'autres mots, plutôt que de se focaliser trop exclusivement sur l’examen de divers ratios financiers, les 'parties prenantes' de chaque organisation caritative – administrateurs, membres de l’AG, donateurs et autres ‘stake holders’ – sont invitées à s’intéresser au moins autant à la qualité de la gouvernance et à l’impact des actions entreprises.
Les représentants des vingt-neuf organisations présentes lors de l’Assemblée générale du 17 octobre (compter par ailleurs dix-sept votes par procuration) ont évidemment reconnu l’intérêt d’une démarche collective destinée à renforcer le respect des principes de bonne gouvernance. Le nouveau Code de conduite a dès lors été adopté malgré quelques abstentions ou votes négatifs.
Ce vote fut toutefois précédé par un débat au cours duquel plusieurs participants exprimèrent leur opposition, ou à tout le moins leur réticence quant à la pertinence du caractère contraignant des nouvelles dispositions proposées.
Ainsi plusieurs participants estimaient peu judicieux de décider dès à présent qu’à terme – en 2026 - le non-respect de ces nouvelles obligations pourra enclencher le dépôt de plaintes et d’éventuelles sanctions. Ils jugeaient plus pertinent que le Code de conduite se réfère à un engagement moral, assorti le cas échéant de recommandations concrètes.
Du point de vue d'autres intervenants ces obligations supplémentaires pouvaient sembler inappropriées dans le cas d’organisations qui sont déjà soumises, notamment à l’initiative de pouvoirs subsidiants, à des contrôles relativement contraignants concernant leur mode de gouvernance et l'impact de leurs activités.
En réponse à ces préoccupations, la direction de la plateforme Récolte de Fonds Ethique a précisé que la mise en œuvre de ces nouveaux engagements se fera par étapes, et sera soutenue par des actions de sensibilisation et de formation.
Il est également prévu de faire appel à l’expertise de diverses structures - Fondation Roi Baudouin, Guberna, etc. - qui ont développé des supports qui visent à aider les organisations à profit social dans l'évaluation de leur bonne gouvernance.
Les nouvelles exigences du Code de Conduite de la plateforme Récolte de Fonds Ethique peuvent être comparées aux obligations imposées par diverses instances d’auto-régulation opérant dans des pays voisins : Don en Confiance (France), DZI (Allemagne), Centraal Bureau Fondsenwerving aux Pays-Bas.
L’Assemblée générale du 19 octobre dernier s’est d’ailleurs prolongée en après-midi par un intéressant séminaire au cours duquel deux représentants des plateformes française et allemande ont exposé le mode de fonctionnement de leurs organes de certification.
Précisons toutefois que, par exemple en France, la crédibilité des labels de qualité octroyés par les principales plateformes d’auto-régulation du secteur de la collecte (Don en confiance et IDEAS) se trouve renforcée par le fait que ces structures investissent d'importantes ressources dans le coaching des organisations membres et dans diverses procédures de contrôle.
Ainsi Don en Confiance dispose d'un budget de 870.000 € et de l'appui de 125 bénévoles, dont 88 contrôleurs ou responsables des 8 cercles régionaux de contrôleurs. Ces bénévoles prestent 2.700 journées de travail par an. Ce niveau de ressources permet à l'équipe de direction (huit permanentes) de réaliser un screening relativement sérieux des 96 organisations caritatives qui sont autorisées à afficher le label de qualité français.
Aux Pays-Bas le CBF (Centraal Bureau voor Fondsenwerving) disposait en 2022 d'un budget de 2.6 millions. Ce montant était financé à hauteur de 2 millions € par les 628 organisations actives en levée de fonds dont le CBF se porte garant des bonnes pratiques en termes de gouvernance et de transparence financière.
L’asbl Récolte de Fonds Ethique ne dispose par contre que d’un budget d’environ 100.000 €. La plateforme belge n'est soutenue que par un petit noyau de bénévoles. Ces modestes ressources limitent forcément la rigueur du screening des quelque 120 organisations membres.
Ce problème de sous-financement n'est pas nouveau: en proportion du total des contributions versées par leurs sympathisants, les organisations belges contribuent nettement moins qu'ailleurs (France, Pays-Bas, Royaume-Uni) au financement des coalitions nationales dédiées à la promotion de la générosité publique.
-> Lire à ce sujet: 'Peu d’efforts collectifs pour encourager la générosité des Belges' (lien)
Bonne gouvernance: références utiles
BELGIQUE
- Récolte de fonds Ethique (asbl) - 'Code de la récolte de fonds éthique' (lien)
- Fondation Roi Baudouin - UNIPSO - VERSO: "Outil concret pour mener une réflexion sur la gouvernance de votre organisation" (lien)
- Guberna - 'Social Governance Academy' (lien)
FRANCE
- Don en confiance - 'Charte de déontologie' (lien)
- IDEAS - 'Guide IDEAS des Bonnes Pratiques' (lien)
PAYS-BAS
- Goede Doelen Nederland - 'Codes en Richtlijnen' (lien)
ROYAUME-UNI
- Chartered Institute of Fundraising : 'Trustees and fundraising: a practical handbook' (lien)
-> Autres articles d'actualité
- Actu belge (lien)
- Actu internationale (lien)
- Actu LEGS (lien)
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-> Actualité belge : nos articles récents
-> Actualité internationale : nos articles récents
Les hebdomadaires Knack et Le Vif, tous deux liés au groupe de presse Roularta, avaient consacré début 2022 un dossier particulièrement critique à l'égard des dérives constatées dans la gestion de l’asbl Poverello:
-> LIRE 'Interpellation collective de trois médias: où va l'argent des donateurs ?'
(lien)
Voici qu’un an plus tard, en date du 11 janvier 2023 et sous le titre '"Action Damien, une gestion qui pose question", ces mêmes magazines consacrent leur couverture ainsi qu’un dossier de cinq pages à la gestion passée de l’asbl Action Damien qui semble confrontée à une situation financière pour le moins préoccupante.
Jusqu'en 2014 l’ONG s’était consolidée sous l’égide d’un même directeur et d’une équipe particulièrement stable.
Puis, soucieux d’accélérer une professionnalisation de l’Action Damien que d’aucuns jugeaient indispensable, un nouveau directeur engagea d’importantes réformes.
L'enquête des deux hebdomadaires constate qu'elles se sont avérées plus coûteuses qu’efficaces.
Ces transformations ont provoqué divers licenciements et autres départs, compensés par la création de nombreuses nouvelles fonctions qui furent pour partie attribuées à des consultants engagés à temps partiel.
Il en résulta un gonflement de la masse salariale consacrée au financement du staff (personnel et consultants) travaillant au siège bruxellois de l'ONG.
Ces investissements n’ont guère produit, même plusieurs années plus tard, d’augmentation significative des subsides ou des recettes issues de la générosité publique.
Ce surcroît de dépenses n'aurait toutefois pas affecté le pourcentage de frais de fundraising, dont le ratio - soit 18% par rapport aux recettes brut de la collecte (comptes 2021) - est resté modéré.
Source: AERF, Association pour une Ethique en Récolte de Fonds.
Sous l’intitulé ‘Vampires’, l’éditorial du rédacteur en chef de Knack dénonce le recrutement par l'ONG d'une succession de consultants issus du secteur commercial, souvent peu au fait des spécificités propres au monde associatif.
Leur niveau de rémunération semble avoir été plus d'une fois excessif, occasionnant d'importantes dépenses au détriment du soutien financier aux projets de terrain.
L’édito est suivi d'un long dossier qui détaille les principales péripéties qui, selon les journalistes de Knack, auraient entrainé l’Action Damien dans une spirale de déficits.
L’article note au passage une diminution sensible du nombre de membres de l’Assemblée générale.
Or ceux-ci représentent dans l’organisation les nombreux Comités locaux de bénévoles, qui assurent chaque année à la mi-janvier le succès de la traditionnelle campagne de vente de feutres.
La mobilisation de ce réseau de vendeurs bénévoles assurait aux alentours de 2014 une recette de 2,75 millions d’euros, montant auquel s’ajoutaient à cette époque 5,33 millions d’euros de dons et legs privés.
Dès avant la publication du dossier les journalistes de Knack ont transmis 54 questions à la direction de l’Action Damien. Celle-ci a réagi dans un premier temps par un texte explicatif qui ne répondait qu'en partie aux nombreuses demandes d'éclaircissements transmises par les journalistes. Ce communiqué d'Action Damien est mentionné dans le dossier publié par les deux hebdomadaires, et peut être consulté en ligne sur le site de l’association (lien).
L'ONG a réagi à nouveau, par un communiqué de presse (lien), après publication du dossier dans les deux hebdomadaires. Cette nouvelle mise au point a suscité à son tour une réaction des journalistes co-auteurs du dossier, qui contestent dans un texte publié le 12 janvier sur le site de Knack (lien) les nouvelles justifications avancées par Action Damien.
La direction de l’Action Damien souligne dans son communiqué du 11 janvier que ‘toutes les organisations actives dans la collecte de fonds au profit de bonnes causes confirmeront que, par rapport aux années 2000, elles doivent chacune travailler plus dur pour attirer l’attention’.
Concernant ce point le dossier de Knack ne propose guère de comparaison concernant l'évolution des recettes issues de la générosité dans d'autres organisations de taille comparable à celle d'Action Damien.
Dons : progression des structures collectant au-delà d'un million d'euros
Les données financières aggrégées dans le cadre de l'édition du Baromètre de la Générosité publique indiquent que, malgré le contexte plus concurrentiel mentionné par Action Damien, les autres organisations qui collectent également plus d’un 1 million d’euros sur base annuelle (dons et legs) ont réussi à maintenir une augmentation significative des dons et ont davantage profité de la forte croissance des legs.
Il apparait par exemple, concernant quelque vingt-six grandes structures dont les comptes sont publiés notamment par l’AERF, qu’elles ont bénéficié en moyenne d’une croissance des dons à hauteur de 35% sur la période 2015-2021, soit bien davantage que l’Action Damien (+3%) durant cette même période.
D'autres organisations soutenues par un important réseau de bénévoles continuent de se renforcer
Outre l'Action Damien six autres grandes structures mobilisent chaque année leur réseau de bénévoles dans une vaste campagne de vente au profit de leurs réalisations de terrain : Iles de Paix et Rikolto (ex-Vredeseilanden), le CNCD-11.11.11 et son équivalent néerlandophone ainsi que les deux structures Croix-Rouge de Belgique et Rode Kruis Vlaanderen.
Les comptes publiés notamment par l'AERF établissent que, hors recettes liées aux situations d'urgence (Croix-Rouge, 'Urgence Inondations' en 2021), elles ont bénéficié entre 2014 et 2021 d'une croissance globale des dons de plus de 50%. Le total des dons collectés par Action Damien est resté pratiquement inchangé sur cette période.
Ce constat ne signifie pas pour autant que les ventes réalisées au travers de leurs réseaux de bénévoles aient également progressé.
On note également, sur la même période, une progression de 50% des legs en faveur de ces six structures soutenues par d'importants réseaux de bénévoles, pour seulement + 20% dans le cas d'Action Damien.
Action Damien a engagé un manager de crise qui est entré en fonction au mois de novembre. Il a notamment pour mission d’associer le Conseil d’administration et le personnel de l’ONG à une réflexion commune concernant l'ensemble des problèmes identifiés au sein de l’organisation.
Dans l’immédiat, et encore selon Knack, la direction de l’ONG aurait décidé de limiter en 2023 le déficit de l’organisation à 1,6 million d’euro. Cet assainissement financier nécessiterait une réduction de la masse salariale du siège (534.000 €) et une diminution du soutien aux projets de terrain (975.000 €).
Le journalisme d’investigation est un métier rare, difficile et sans nul doute largement sous-financé, qui mérite le soutien de tous.
Il n’empêche que d’aucuns jugeront particulièrement décevant que les deux principaux hebdomadaires du pays aient, en connaissance de cause, planifié la publication de ce violent réquisitoire début janvier, soit juste avant les semaines au cours desquelles nombre de bénévoles d'Action Damien se mobilisent sans compter pour encourager la générosité des Belges.
Sources
- Knack (11/01/2023) – ‘Zelfbediening bij Damiaanactie. De machtsgreep van de consultants.’ (Editoriaal + blz.22-28)
- Le Vif (11/01/2023) – ‘Consultants payés 20 000 euros, comptes dans le rouge… L’ONG Action Damien dans la tourmente’ (lien)
- Action Damien (11/01/2023) – ‘Action Damien réfute les allégations injustifiées de Knack’ (lien)
- Knack (Ruben Bugnera, Marieke Bugnera, 12/01/2023) – ‘Waar Damiaanactie over zwijgt. Een weerlegging van de kritiek.’ (lien)
- De Morgen (11/01/2023) – ‘Zware besparingen bij Damiaanactie: 46 medewerkers in projectlanden krijgen ontslag’
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Les hebdomadaires Knack et Le Vif, tous deux liés au groupe de presse Roularta, avaient consacré début 2022 un dossier particulièrement critique à l'égard des dérives constatées dans la gestion de l’asbl Poverello:
-> LIRE 'Interpellation collective de trois médias: où va l'argent des donateurs ?'
(lien)
Voici qu’un an plus tard, en date du 11 janvier 2023 et sous le titre '"Action Damien, une gestion qui pose question", ces mêmes magazines consacrent leur couverture ainsi qu’un dossier de cinq pages à la gestion passée de l’asbl Action Damien qui semble confrontée à une situation financière pour le moins préoccupante.
Jusqu'en 2014 l’ONG s’était consolidée sous l’égide d’un même directeur et d’une équipe particulièrement stable.
Puis, soucieux d’accélérer une professionnalisation de l’Action Damien que d’aucuns jugeaient indispensable, un nouveau directeur engagea d’importantes réformes.
L'enquête des deux hebdomadaires constate qu'elles se sont avérées plus coûteuses qu’efficaces.
Ces transformations ont provoqué divers licenciements et autres départs, compensés par la création de nombreuses nouvelles fonctions qui furent pour partie attribuées à des consultants engagés à temps partiel.
Il en résulta un gonflement de la masse salariale consacrée au financement du staff (personnel et consultants) travaillant au siège bruxellois de l'ONG.
Ces investissements n’ont guère produit, même plusieurs années plus tard, d’augmentation significative des subsides ou des recettes issues de la générosité publique.
Ce surcroît de dépenses n'aurait toutefois pas affecté le pourcentage de frais de fundraising, dont le ratio - soit 18% par rapport aux recettes brut de la collecte (comptes 2021) - est resté modéré.
Source: AERF, Association pour une Ethique en Récolte de Fonds.
Sous l’intitulé ‘Vampires’, l’éditorial du rédacteur en chef de Knack dénonce le recrutement par l'ONG d'une succession de consultants issus du secteur commercial, souvent peu au fait des spécificités propres au monde associatif.
Leur niveau de rémunération semble avoir été plus d'une fois excessif, occasionnant d'importantes dépenses au détriment du soutien financier aux projets de terrain.
L’édito est suivi d'un long dossier qui détaille les principales péripéties qui, selon les journalistes de Knack, auraient entrainé l’Action Damien dans une spirale de déficits.
L’article note au passage une diminution sensible du nombre de membres de l’Assemblée générale.
Or ceux-ci représentent dans l’organisation les nombreux Comités locaux de bénévoles, qui assurent chaque année à la mi-janvier le succès de la traditionnelle campagne de vente de feutres.
La mobilisation de ce réseau de vendeurs bénévoles assurait aux alentours de 2014 une recette de 2,75 millions d’euros, montant auquel s’ajoutaient à cette époque 5,33 millions d’euros de dons et legs privés.
Dès avant la publication du dossier les journalistes de Knack ont transmis 54 questions à la direction de l’Action Damien. Celle-ci a réagi dans un premier temps par un texte explicatif qui ne répondait qu'en partie aux nombreuses demandes d'éclaircissements transmises par les journalistes. Ce communiqué d'Action Damien est mentionné dans le dossier publié par les deux hebdomadaires, et peut être consulté en ligne sur le site de l’association (lien).
L'ONG a réagi à nouveau, par un communiqué de presse (lien), après publication du dossier dans les deux hebdomadaires. Cette nouvelle mise au point a suscité à son tour une réaction des journalistes co-auteurs du dossier, qui contestent dans un texte publié le 12 janvier sur le site de Knack (lien) les nouvelles justifications avancées par Action Damien.
La direction de l’Action Damien souligne dans son communiqué du 11 janvier que ‘toutes les organisations actives dans la collecte de fonds au profit de bonnes causes confirmeront que, par rapport aux années 2000, elles doivent chacune travailler plus dur pour attirer l’attention’.
Concernant ce point le dossier de Knack ne propose guère de comparaison concernant l'évolution des recettes issues de la générosité dans d'autres organisations de taille comparable à celle d'Action Damien.
Dons : progression des structures collectant au-delà d'un million d'euros
Les données financières aggrégées dans le cadre de l'édition du Baromètre de la Générosité publique indiquent que, malgré le contexte plus concurrentiel mentionné par Action Damien, les autres organisations qui collectent également plus d’un 1 million d’euros sur base annuelle (dons et legs) ont réussi à maintenir une augmentation significative des dons et ont davantage profité de la forte croissance des legs.
Il apparait par exemple, concernant quelque vingt-six grandes structures dont les comptes sont publiés notamment par l’AERF, qu’elles ont bénéficié en moyenne d’une croissance des dons à hauteur de 35% sur la période 2015-2021, soit bien davantage que l’Action Damien (+3%) durant cette même période.
D'autres organisations soutenues par un important réseau de bénévoles continuent de se renforcer
Outre l'Action Damien six autres grandes structures mobilisent chaque année leur réseau de bénévoles dans une vaste campagne de vente au profit de leurs réalisations de terrain : Iles de Paix et Rikolto (ex-Vredeseilanden), le CNCD-11.11.11 et son équivalent néerlandophone ainsi que les deux structures Croix-Rouge de Belgique et Rode Kruis Vlaanderen.
Les comptes publiés notamment par l'AERF établissent que, hors recettes liées aux situations d'urgence (Croix-Rouge, 'Urgence Inondations' en 2021), elles ont bénéficié entre 2014 et 2021 d'une croissance globale des dons de plus de 50%. Le total des dons collectés par Action Damien est resté pratiquement inchangé sur cette période.
Ce constat ne signifie pas pour autant que les ventes réalisées au travers de leurs réseaux de bénévoles aient également progressé.
On note également, sur la même période, une progression de 50% des legs en faveur de ces six structures soutenues par d'importants réseaux de bénévoles, pour seulement + 20% dans le cas d'Action Damien.
Action Damien a engagé un manager de crise qui est entré en fonction au mois de novembre. Il a notamment pour mission d’associer le Conseil d’administration et le personnel de l’ONG à une réflexion commune concernant l'ensemble des problèmes identifiés au sein de l’organisation.
Dans l’immédiat, et encore selon Knack, la direction de l’ONG aurait décidé de limiter en 2023 le déficit de l’organisation à 1,6 million d’euro. Cet assainissement financier nécessiterait une réduction de la masse salariale du siège (534.000 €) et une diminution du soutien aux projets de terrain (975.000 €).
Le journalisme d’investigation est un métier rare, difficile et sans nul doute largement sous-financé, qui mérite le soutien de tous.
Il n’empêche que d’aucuns jugeront particulièrement décevant que les deux principaux hebdomadaires du pays aient, en connaissance de cause, planifié la publication de ce violent réquisitoire début janvier, soit juste avant les semaines au cours desquelles nombre de bénévoles d'Action Damien se mobilisent sans compter pour encourager la générosité des Belges.
Sources
- Knack (11/01/2023) – ‘Zelfbediening bij Damiaanactie. De machtsgreep van de consultants.’ (Editoriaal + blz.22-28)
- Le Vif (11/01/2023) – ‘Consultants payés 20 000 euros, comptes dans le rouge… L’ONG Action Damien dans la tourmente’ (lien)
- Action Damien (11/01/2023) – ‘Action Damien réfute les allégations injustifiées de Knack’ (lien)
- Knack (Ruben Bugnera, Marieke Bugnera, 12/01/2023) – ‘Waar Damiaanactie over zwijgt. Een weerlegging van de kritiek.’ (lien)
- De Morgen (11/01/2023) – ‘Zware besparingen bij Damiaanactie: 46 medewerkers in projectlanden krijgen ontslag’
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