Action caritative et action politique: soutenir l'un ou l'autre, ou l'un et l'autre ?

STATS FR Nov2021 Vif26/11/2021 - Il n'est guère fréquent qu'un média belge se fasse l'écho de réflexions critiques à l’égard de l'une ou l'autre campagne d’appel à la générosité.
Ainsi l’hebdomadaire Le Vif consacre-t-il dans son édition du 25 novembre un dossier de quatre pages proposé sous le titre accrocheur ‘Viva for Life veut lutter contre la pauvreté infantile : mal nécessaire ou opération dérisoire ?'

’‘Grand mérite…’ mais ‘cela ne rapporte rien …’
Le dossier s’ouvre sur une analyse critique de la campagne de solidarité de la RTBf, où ‘strass, paillettes et émotion à revendre  sont mobilisées au profit de la lutte contre la pauvreté’.
Le professeur Philippe De Leener (UCLouvain) reconnait d’emblée le grand mérite de l’opération, qui fait connaître la problématique de la pauvreté auprès d’un grand public.
Mais il ajoute aussitôt que ‘cela ne rapporte strictement rien par rapport à l’ampleur des besoins’.
Car ‘on dépolitise l’action au profit d’une solution spectacle qui ne s’intéresse pas aux problèmes structurels’.
Il regrette ‘cette espèce de malhonnêteté intellectuelle qui consiste à créer l’illusion de contribuer à résoudre un problème’ qui est en réalité généré par la logique inégalitaire de notre système social.

CAMP B VivaforLife 2021‘Un mal nécessaire…’ mais également ‘un soutien très apprécié…’
Membre du jury Viva for Life, Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant, dit soutenir l’opération de solidarité de la RTBf ‘comme un mal nécessaire au secours d’un secteur cruellement désargenté’. 
Il regrette que la campagne ait autrefois trop souvent fait étalage de cas individuels, et estime par ailleurs scandaleux que certains responsables politiques s’y voient offrir l’opportunité de remettre des chèques au profit de l’opération.
Bernard De Vos reconnait volontiers que les sept millions récoltés par Viva for Life sont un ballon d’oxygène très apprécié par les organisations actives dans la petite enfance. 
En martelant le message « Un enfant sur quatre vit dans la pauvreté » l'opération contribue en outre à médiatiser cette thématique et donc à l’insérer dans l’agenda politique.
Il rappelle en passant qu'un changement de la société ne s'accomplit pas avec seulement quelques intellectuels.

'Caritatif' vs. 'Politique': un vieux débat
Viva for Life avait déjà fait l’objet de critiques, essentiellement de même nature, relayées par l’un ou l’autre média.
-> Lire: 'Viva for Life: nouveau record et rares critiques' (déc. 2018)
Elles émanent pour partie de milieux intellectuels qui insistent volontiers sur le manque d'efficacité et les contradictions inhérentes aux grandes actions philanthropiques. A leurs yeux ces opérations caritatives spectaculaires contribuent à masquer la nécessité d’une indispensable mobilisation politique qu'ils jugent autrement plus efficace.
Cette analyse est fortement contestée par les organisations non-gouvernementales. Elles rappellent que la générosité de leurs donateurs leur permet de financer à la fois des projets de terrain et un indispensable travail de sensibilisation des pouvoirs publics.
Le dossier du Vif ne fait donc qu'effleurer une fois encore un vieux débat déjà abondamment commenté dans divers ouvrages plus ou moins polémiques.

Pourquoi cibler en particulier Viva for Life ?
Est-il juste de couvrir l'opération Viva for Life de critiques du fait de son approche trop caritative ? D'aucuns noteront au contraire que cette campagne aborde la problématique de la pauvreté infantile sans verser dans le misérabilisme, et qu'elle s'accompagne d'un solide travail journalistique destiné à sensibiliser  le public et le monde politique.
D’autres organisations caritatives, dont le fonds de commerce est exclusivement alimenté par d’incessants mailings à tonalité misérabiliste, méritaient davantage d’être dénoncés par les médias.

Collecte de fonds en forte progression durant la première année Covid
Les comptes globaux des opérations Cap 48 et Viva for Life font état d'une forte progression des dons durant la première année Covid-19, soit 16 millions en 2020 pour 12,3 millions en 2019.

Source
Le Vif (n°47 - 25/11/2021) - Pierre Havaux - 'Viva for Life veut lutter contre la pauvreté infantile : mal nécessaire ou opération dérisoire ?'

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