29 mai 2015 – Le Soir (édition du jeudi 21 mai) a consacré un dossier d’une pleine page à la problématique de l’affectation des dons collectés en situation d’urgence.
L’article est paru sous le titre ‘L’argent que je donne pour Ebola est-il bien utilisé ?
Il pose en sous-titre la question ‘Comment ça fonctionne chez nous ?

Le dossier du Soir s'inspire dans une large mesure des divers constats avancés par Amy Maxmen, une journaliste d’investigation qui réalisa une enquête de terrain au Sierra Leone à l’occasion de l’épidémie d’Ebola.
Ce travail d'investigation bénéficia d'un financement du Pulitzer Centre on Crisis Reporting.
Les conclusions de son enquète ont été publiées par l’hebdomadaire Newsweek (29/05/2015), dans le cadre d'un article de 10 pages paru dans les éditions américaine et internationale du magazine: 'In Fight Against Ebola, Front-Line Health Workers Risked Their Lives And Never Got Paid'

La recherche d'Amy Maxmen s’appuie sur des données officielles qui donneraient à penser que moins de 2% des financements versés dans le cadre de la lutte contre la pandémie au Sierra Leone auraient été consacrés à la rémunération du personnel de santé local.
La journaliste constate, dans le cadre de son travail d'investigation au Sierra Leone, le contraste flagrant entre le déploiement impressionnant d’équipes internationales parfaitement équipées, et l’état d’abandon du personnel de santé local.
Elle apporte en outre la preuve de ce qu’au cœur de la période de crise Ebola une partie du personnel de soins travaillant sous contrat pour le compte de diverses instances publiques du pays n'a guère reçu le salaire et les primes qui avaient pourtant été financés par divers bailleurs de fonds internationaux.

Le contentieux relatif aux rémunérations impayées soulève à nouveau, comme ce fut le cas lors de précédentes urgences humanitaires, les questions relatives à la fragilité des structures administratives de certains Etats, cause de mauvaise gestion ou de corruption, notamment au niveau du circuit de rémunération du personnel local.
Amy Maxmen a néanmoins pu vérifier qu'au Sierra Leone la Croix-Rouge, comme probablement nombre d'organisations non-gouvernementales, veille à rémunérer directement le personnel qu'elles recrutent au niveau local.
Elle souligne au passage que l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) et l’African Development Bank ont eu le mérite d’expérimenter une procédure de paiement direct par voie électronique, sur base du téléphone portable des bénéficiaires.

L’article de Newsweek décrit d'autres carences significatives qui concernent surtout certaines agences onusiennes présentes au Sierra Leone, ainsi que l’O.M.S. dont un récent rapport a d'ailleurs souligné les faiblesses du dispositif d'aide médicale lors de la crise Ebola.
Amy Maxmen s’étonne par ailleurs des frais de fonctionnement exceptionnellement élevés de certaines agences internationales, tel que U.S. Aid (US Agency for International Development), dont les équipes trustaient les meilleurs hôtels du pays.

L’enquête relève les choix stratégiques malencontreux de certains bailleurs de fonds, telle la création discutable d'établissement provisoires de soins, indépendants du réseau hospitalier local.
De précédentes crises humanitaires ont démontré les effets pervers de ces initiatives qui ne semblent pas toujours se justifier, et qui contribuent dans certains cas à déforcer à terme le réseau national des soins de santé.

L’auteur constate enfin qu’à l’exception de MSF, aucun opérateur international n’a semblé être en mesure de déployer un dispositif global d’intervention médicale adapté aux spécificités de l’épidémie Ebola.

Le dossier de Newsweek propose un intéressant récapitulatif des principaux bailleurs de fonds qui sont intervenus dans le cadre de l'urgence humanitaire Ebola (voir figure).
Il se fait par ailleurs l'écho du jugement sévère exprimé par le directeur de l'agence indépendante Publish What You Fund, qui dénonce sans détour le manque de transparence des agences humanitaires qui fonctionnent sous l'autorité des Nations-Unies.

Les dossiers d'investigation concernant l'intervention humanitaire Ebola, publiés tant par Newsweek que par le New York Times – quotidien qui figure à ce titre parmi les lauréats 2015 du prix Pulitzer – illustrent la capacité de quelques grands médias anglo-saxons à porter un regard critique sur les défaillances de l’action humanitaire.

Le Soir : ‘Comment ça fonctionne chez nous ?’
Reste à répondre à la question posée par Le Soir: 'Comment ça fonctionne chez nous ?'
On notera que le dossier de Newsweek pointe surtout les carences d'agences humanitaires étatiques – tel U.S. Aid – et de certaines organisations internationales relevant de l'aide multilatérale, tel l’O.M.S. ou des agences onusiennes.
A l’inverse la générosité des belges est presque exclusivement collectée, à l’exception d’Unicef Belgique, pour le compte d’authentiques organisations non-gouvernementales.
Leur efficacité en matière d’intervention humanitaire en situation d’urgence ne semble pas être directement mise en cause par l'enquête de l'hebdomadaire américain.

Le Soir rapporte les propos d'Erik Todts, directeur du Consortium 12-12 pour les Situations d'urgence, qui juge caricatural le chiffre de maximum 2 % de fonds alloués, selon l'article de Newsweek, au paiement du personnel local.
Et de préciser, concernant les organisations membres du Consortium 12-12, qu'en moyenne 80% des dons sont utilisés pour l'aide sur le terrain. Ce montant n'est toutefois pas exclusivement dépensé sur place, car il comprend notamment des frais de coordination des opérations.
Christof Godderis, porte-parole de MSF, précise dans le même article que 90% de l'argent récolté par son organisation est affecté aux dépenses opérationnelles. Pour l'année 2014 26% des dons a servi au paiement des salaires du personnel local.

Sources d’infos :

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